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La harga, ou l’espoir suicidaire d’une vie meilleure…

Les flux migratoires à destination de pays occidentaux, et en provenance des pays dits du Sud ont connu une fulgurante progression depuis ces dernières années. C’est un phénomène d’une extrême gravité, autant pour les pays d’origine, que ceux de destination. Et le pire est que presque tous les pays occidentaux, frappés par une très forte baisse de natalité, et d’une carence de remplacement des salariés qui partent à la retraite sont tous en compétition, les uns avec les autres, pour attirer des personnes qualifiées, ou hautement qualifiées, dans tous les secteurs d’activité, des cadres dont la formation a coûté très cher à leurs pays respectifs, des pays sous-développés, et qui se sont saignés à blanc pour former cet encadrement qui leur est subtilisé sans états d’âme.

Cette aspiration massive des populations du sud, est bien souvent motivée par deux raisons essentielles, la pauvreté et la violence politique, deux phénomènes qui sont parfois exacerbés à un niveau intolérable, comme cela a été le cas en Syrie, entre autres.

En Algérie, les émigrants clandestins s’appellent les harragas, ceux qui brûlent les frontières. En l’espace de quelques années, leur nombre a augmenté à un niveau incroyable. De janvier à septembre de cette année, 2021, les tentatives ont progressé de plus de 50%, et il n’y a pas de semaine où ils ne continuent d’exploser. La Harga a même connu des pics quotidiens jamais observés, puisqu’à plusieurs reprises des dizaines d’embarcations ont traversé en même temps vers les côtes espagnoles, de véritables raids, qui ont choqué toute l’Europe, qui ne s’inquiétait pas outre mesure et jusque-là, de l’afflux massif de migrants en provenance d’Algérie, avant que ce pays ne devienne le plus fort potentiel d’émigration massive. 

Un pays dont les habitants ne s’expatriaient pas avec une telle obstination, jusqu’à récemment, jusqu’à la fin des années 80, quand n’importe qui pouvait s’installer en Europe, en ces temps où il n’y avait même pas de visa, et quand il était très facile de trouver du travail dans ces pays.

Et la question reste pendante. Qu’est-ce qui a provoqué cette aspiration irrépressible à l’arrachement d’un si grand nombre de personnes ? 

Les chercheurs n’ont pas encore expliqué clairement les causes profondes de ce mal-être, qui pousse tant de jeunes à vouloir fuir leur pays, fusse au prix de leur vie. On le comprend d’autant moins que malgré la nature despotique et mafieuse du régime qui a volé le pouvoir en Algérie, la répression n’y est pas aussi féroce que dans les autres pays où la population fuit la violence. Et malgré une crise économique rampante, et qui provoque de plus en plus de précarité, l’Algérie reste tout de même un pays où les gens ne meurent pas de faim. L’un des facteurs les plus étonnants, et qui questionne tous ceux qui tentent de comprendre les tenants de ce phénomène est que la Harga, la traversée, est très chère. Elle va de 20 millions de centimes pour la traversée en Boti, une embarcation sommaire, jusqu’à 80 millions de centimes, et plus, pour celle qui se fait à bord d’un Go-fast, et qui est beaucoup plus sûre, beaucoup plus rapide. Soit entre 1000 euros, et 4000 euros, autrement dit entre 10 fois à 40 fois le SMIG algérien. Et c’est dire que ce n’est pas donné, que ce ne sont donc ni des raisons économiques, ni des raisons sécuritaires, qui poussent ces jeunes à s’arracher à leur pays, pour se jeter sur les très dures routes de l’exil.

Plus étonnant encore, est qu’une fois arrivés sur les rives européennes, et après en avoir connu les très dures conditions de vie, les harragas préfèrent se suicider plutôt que d’être refoulés vers l’Algérie.

Pourquoi alors ? 

Pourquoi des millions de jeunes Algériens, et de moins jeunes, jusqu’à des familles entières, jusqu’à des femmes enceintes, jusqu’à des enfants en bas-âge, se jettent-ils ainsi à la mer, avec toute la force du désespoir ? Que fuient-ils, et qu’espèrent-ils ? Et pourquoi, lorsqu’ils découvrent les très dures conditions de vie en Europe, refusent-ils de rentrer chez eux ?

Par Djamaleddine Benchenouf

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