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L’ombre de Bouteflika n’est plus !

Abdelaziz Bouteflika est mort. Rabi yerhmou. Ou du moins son ombre, puisque lui n’est plus de ce monde depuis son AVC. Il n’était plus qu’une bien commode façade, pour ceux qui régnaient en son nom, et qui lui faisaient endosser tout ce qu’ils avaient décidé. Il n’était plus qu’une carcasse en ruine, un vieil homme malade, dont on dit qu’il pleurait de douleur, lors des très longues séances de prise de vue, quand il fallait passer plusieurs heures de tournage, pour obtenir une minute d’images présentables. 

La vie l’a finalement libéré. Il a pu partir, laissant le régime dans l’expectative, ne sachant pas s’il fallait laisser sa famille l’inhumer dans l’intimité, ou lui offrir des obsèques nationales.

Ce fut finalement du mi-mi, du ni-ni. Une cérémonie sans tête ni queue. Des funérailles hors-sol, des drapeaux en berne sans deuil national, une clique qui met l’un des siens en terre, dans un trou, entre soi, loin du peuple, sur une autre planète. 

Quelle tristesse ! Et quelle déchéance, pour un personnage qui incarnait la mégalomanie et la folie des grandeurs, et qui avait oublié que rien n’est acquis à l’homme, pour reprendre le poète, qu’il est si peu de chose, qu’il peut être foudroyé d’une seconde à l’autre, réduit à l’état de légume, sa mémoire effacée, jusqu’à celle de son propre nom, qu’il peut être lapidé par ces foules bêlantes qui l’adulaient, lynché par ces pique-assiettes qui lui baisaient la main, qui s’aplatissaient à ses pieds ! 

Il est révolu le temps peinard des huis-clos médiatiques, quand le régime parvenait à orchestrer pour les siens des funérailles grandioses, avec pleureuses compulsives, et hystérie collective, juste en sonnant le rappel de ses journalistes, de ses relais, de ses harangueurs. 

Révolu ce confort douillet, pour ce système, quand tous les moyens de communication et de conditionnement des foules étaient sous son contrôle exclusif , quand il pouvait, à sa convenance, faire pleurer dans les chaumières, rugir dans les tanières, étouffer la voix des adversaires. 

Le régime est nu, désormais, recroquevillé dans sa feuille de vigne qui rétrécit en peau de chagrin, et qui laisse voir toute sa repoussante laideur. Les Algériens savent aujourd’hui qui est qui, qui fait quoi, qui les trompe et qui leur ment, qui a mis le cadavre dans le placard, et la poussière sous le tapis. 

Fini le temps du monopole de l’information et donc de la propagande, et donc du conditionnement, qui permettait à ce régime de mener les foules par le peu qui leur était resté de discernement ! 

Fini le temps béni des colonies de l’esprit ! Voici venu celui de la crue, et de la vérité crue. Les journalistes qui péroraient du haut de leur bassesse sont désormais périmés, bons pour la casse, au mieux pour la retraite. Les oraisons interminables n’ont plus d’écho. Les exhortations stériles ne sont plus que des soliloques. Les entremetteurs n’ont plus de clients, et Tebboune s’appelle désormais Kedboune. 

Les Algériens ne pleurent plus leurs despotes, et ne leur accordent pas plus d’attention qu’à un noyau d’olive, qu’on crache sans même s’en rendre compte. Les cérémonies et les ors des casquettes n’impressionnent plus personne, et les grands titres, pompeux autant qu’ils sont usurpés, ne valent que la salive de celui qui les déclame dans le désert, ils sont désormais comme ces sacs poubelles, emportés par le vent, et que n’accrochent plus que les ronces. N’est pas grand moudjahid qui veut ! 

Les tirades patriotardes ne soulèvent plus les clameurs, ni même les bêlements. Les Algériens ne pleurent plus que leurs héros, ceux-là qui leur ont tout sacrifié, qui les ont servis, qui ont souffert pour eux, qui ne leur ont pas menti, qui n’ont pas tenté de les corrompre, qui n’ont pas bradé leurs richesses au plus offrant, et surtout qui n’ont pas été installés par la junte, contre la volonté du peuple. 

Le temps de la foule qu’on ratisse avec du cachir n’est plus, ni celui des braiements, ni de la claque sur commande. Le ghachi ne répond plus. Il est aux abonnés absents. Les excursions en bus pour déverser les gens là où les attendent les caméras de l’ENTV, et autres télés mercenaires ne sont plus un moyen de raccolage.

Abdelaziz Bouteflika est mort. 

ll a eu une vie exceptionnelle, hors du commun, qu’on nous disait flamboyante, mais qui n’aura été qu’une longue suite de coups d’état, de coups tordus, de coups de gueule, de louvoiements, et de poignards courbes.  Une vie agitée, qui n’avait de sens que celui de l’arrivisme forcené, de l’autoritarisme sur ergots, de tartarinades en rafales, une longue fiesta, qui se voulait mondaine, et qui s’est passée de bout en bout dans un monde interlope, un cénacle glauque, où la règle essentielle est la scélératesse érigée en façon d’être, où la vertu, l’intégrité, la sincérité, la dignité, le courage, la vérité, le patriotisme, étaient et restent rédhibitoires.

Les seuls qui l’admiraient et qui s’aplatissaient à ses pieds étaient de l’ordure sur pattes, des pique-assiettes en rade, et qui jouaient leur va-tout à pile ou face, des nonoss qu’on leur jette, ou un coup de tatane dans les gencives. 

Abdelaziz Bouteflika a fait beaucoup de mal à ce malheureux pays. Et ce n’est pas manquer à sa mémoire que de le dire. Il a usé d’une formidable ressource, qui aurait pu propulser ce pays à la hauteur qui aurait dû être la sienne. Il en a usé pour le corrompre de fond en comble, pour en extirper le peu de valeurs qui lui restaient. Il pensait faire de la haute politique, en usant des moyens les plus florentins et les plus pervers qui soient.

Mais peut-être était-il lui même en souffrance. Peut-être se pensait-il une victime de cette junte qui l’avait éclipsé, à la mort de Boumediene, mais c’est sur un peuple démuni qu’il s’est cruellement vengé. Il s’est acharné, peut-être sans le vouloir vraiment, sur la terre de ses ancêtres, contre tout un peuple, contre son devenir même, contre l’avenir de ses enfants. Il était dans une telle démesure que pour neutraliser une douzaine de généraux, qui constituaient la junte, ceux-là même qui l’ont installé à la présidence, il leur en a créé plus de quatre cents autres généraux, pour les noyer dans la masse. Il était trop aveuglé par sa dévorante ambition, pour comprendre qu’il ne faisait que fortifier la junte, et l’inséminer à plus large échelle. 

Et lorsqu’il perdit presque toutes sas capacités cognitives, et jusqu’à la conscience d’être, les forces qu’il avait ébranlées allaient persévérer dans ce qu’il avait commis d’irréparable. Le train était lancé.

Abdelaziz Bouteflika vient de rendre l’âme, mais l’Algérie ne mourra pas. 

Elle lui survivra, comme elle a survécu à tous les monstrueux parasites qui l’ont infestée, et qui s’en sont allés par les égouts de l’histoire, les uns après les autres. L’Algérie renaitra de ses cendres. 

Abdelaziz Bouteflika est mort. Le 5eme mandat est toujours sur les rails.

Puisse cette pitoyable fin servir de leçon aux pitoyables despotes qui mènent notre pays à la ruine !

Par Djamaleddine Benchenouf

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