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Alger

La confusion en méthode de subversion !

Les régimes illégitimes ne peuvent pas dominer leurs sociétés respectives par la seule violence. Ils ont toujours besoin d’installer un sentiment collectif qui leur est absolument indispensable, voire vital ! La confusion !

Ils ont besoin de provoquer le désordre dans les esprits, de l’entretenir, de l’inséminer, de la disséminer. Plus que la violence, que la terreur, que le terrorisme, que la répression, la confusion est par excellence l’arme de dissuasion massive, l’arme d’abrutissement massif, pour maintenir les « foules » dans l’hébétude, dans l’incompréhension, dans le doute, dans l’impossibilité pour elles de prendre conscience de la réalité, de s’unir, et de faire face à l’adversité qui broie leur vie, et leur avenir. 

Et c’est ainsi, et de façon quasi-automatique, que les pouvoirs illégitimes, se retrouvent, tout naturellement, et sans discontinuer, à tout entreprendre, pour tromper les gens, leur faire croire ce qui n’est pas, leur faire admettre comme vertueux ce qui est scélérat, à tout faire pour jeter la suspicion et le discrédit sur les rares dynamiques saines qui les contestent, à calomnier les rares voix qui s’élèvent pour les dénoncer. Et pour cela, un seul et redoutable moyen, décliné à l’infini, le mensonge, la mystification martelée de mille et une façon, en usant de tous les médias, de tous les relais, de tous les discours, en recourant aux valeurs les plus chères à la société, à sa mémoire, à ses aspirations, jusqu’à recruter par la corruption d’authentiques anciens moudjahidines, d’authentiques enfants de chouhadas. 

Et c’est ainsi que des vérités d’une aveuglante évidence sont transformées en leur contraire, dans la perception générale, que des prédateurs et des criminels sont convertis pères de la nation, que des élections frauduleuses sont grimées en volonté du peuple, que des associations d’opportunistes et de lécheurs de vaisselle accèdent au rang de partis politiques, que des grands corrompus et de grands corrupteurs ont leur place au premier rang de la mosquée,  que des bouffons accèdent à des sièges de dignité, pour parodier le rôle qui leur a été dévolu, de représentants du peuple. 

Et c’est ainsi que ces pouvoirs illégitimes parviennent non seulement à tout faire accepter par le peuple dont ils ont confisqué la souveraineté, mais pire encore, ils parviennent à lui faire admettre comme normales, légales et légitimes des énormités et des violations parmi les plus insoutenables. 

Il en est de même pour le rôle de l’armée dans la vie politique. Dans n’importe quelle république moyennement estimable, l’armée est censée demeurer dans son seul rôle de défense de l’intégrité territoriale, et se placer strictement sous l’autorité des représentants légitimes du peuple. Elle est qualifiée de grande muette parce qu’il ne lui est pas permis de s’exprimer politiquement en tant qu’institution, en tant que corps. De la même manière, ses budgets doivent être fixés par les institutions de la république, et ses dépenses contrôlées de la même manière. Elle ne décide jamais. Elle propose, et c’est le politique qui prend la décision. Elle ne déclare jamais la guerre, mais elle la fait si on le lui ordonne. Et toutes les précautions sont prises, pour qu’elle ne puisse jamais prendre le pouvoir.

Or, pour rester sur cet exemple, les chefs de l’armée algérienne ont hérité d’un pouvoir qui leur a été légué par leurs prédécesseurs, qui avaient eux-mêmes pris le pouvoir par la force, par l’assassinat et toute la violence imaginable, et qui l’avaient gardé, puis transmis à leurs successeurs, par les mêmes moyens. Mais pour faire admettre cet état de fait, pouvoir le faire passer dans les esprits, et ne pas susciter une réaction populaire, voire une révolution, les chefs de la junte n’ont pas d’autre choix que d’édulcorer la triste réalité. Ils ne peuvent pas non plus reconnaitre qu’ils ont perpétré un coup d’Etat contre le peuple, et donc ils affirment qu’ils ont été contraints de prendre le pouvoir pour éviter que l’ancienne puissance coloniale n’impose ses valets, ils ne peuvent pas reconnaitre qu’ils ont commis un putsch contre un président qu’ils ont eux-mêmes imposé au peuple, alors ils choisissent de faire appeler leur coup d’Etat « Sursaut révolutionnaire ». Ils ne peuvent pas avouer qu’ils ont empêché la volonté populaire de s’accomplir, après des élections les plus transparentes connues dans ce pays, alors ils martèlent qu’ils sont les sauveurs de la république, et qu’ils ont empêché qu’elle soit précipitée dans la barbarie et le moyen-âge. Lorsque pour leur propre survie ils se sont crus obligés de faire assassiner un président de la République, qu’ils ont, lui aussi, imposé au peuple, alors ils font dire qu’il a été assassiné par les islamistes, même si le tueur est un lieutenant des l’armée. Le tout récent Président qu’ils ont lui aussi imposé au peuple, par une grande fraude électorale, malgré un boycott historique,  affirme asans sourciller, et face à des journalistes étrangers, qu’il est le président le mieux élu depuis l’indépendance. 

Mais il ne suffit pas, pour ces régimes, d’affirmer ce qui n’est pas, voire même le contraire de ce qui est. Ça ne passerait pas, et pourrait même provoquer une réaction massive. Il faut donc à ces gens qui ont squatté le pouvoir, et qui tentent coute que coute de s’y maintenir, user de méthodes idoines, qui toutes tournent autour d’une seule finalité, semer la confusion, le doute, le trouble, et empêcher une prise de conscience généralisée, qui pourrait conduire à une contestation généralisée, et à une remise en cause de ce pouvoir de la junte sur la vie politique. Et bien sûr, pour arriver à ces fins, ce pouvoir a appris à recourir à toutes sortes de moyens, pour tromper l’opinion publique, et la maintenir dans un état d’absence, de non-implication. Des moyens médiatiques, partisans, associatifs, tribaux, religieux, en plus de la corruption de masse, de l’achat de la paix sociale, de l’usage de mercenaires politiques pour véhiculer la calomnie, la discorde entre les citoyens, pour agiter les épouvantails du terrorisme, de la main étrangère, et autres méthodes, aussi nombreuses qu’elles sont redoutables. L’essentiel étant de faire oublier que les chefs de l’armée ont la réalité du pouvoir, et que la volonté populaire est un vain mot. Et c’est bien pour cela, par un réflexe de salubrité publique, que dans son infinité intelligence collective, le Hirak a choisi comme principal slogan : madania machi askaria. 

Par Djamaleddine Benchenouf

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